Kessel

A Gauche(s) Toutes #3 - Le temps long qui court

Drôle de temps.

A Gauche(s) Toutes !
2 min ⋅ 21/09/2026

Camarade,

Ressens-tu comme moi l’air particulier du moment ? Ces événements lointains qui se rapprochent à toute vitesse, ce foisonnement d’idées et de rêves dans une société immobile et engluée dans le désespoir et la colère, cette campagne politique qui a des airs de dernières semaines alors qu’il reste des mois. Suivre l’actualité ces derniers jours me donne parfois l’impression de voyager au travers du temps dans un TARDIS buggué qui nous laisse dans des lieux où tout va trop vite et trop lentement à la fois.

Après cet été qui aura frappé les corps et brûlé les esprits de la marque de la réalité du changement climatique comme jamais auparavant, on a vu d’un côté l’adaptation du quotidien et de l’autre l’absence totale de planification pour la suite. C’était hélas attendu, mais qu’il est désespérant de constater que la réalité cruelle des changements climatiques et la prise de conscience de cette dernière n’entraînent pas les révolutions que notre esprit militant nous ferait logiquement attendre. La conscience collective est marquée, mais rien ne se transforme réellement.

Certes, l’apathie est servie par les vautours conspirationnistes (c’est un cycle naturel, c’est les chemtrails, c’est organisé) qui viennent corrompre les colères avec leurs théories fumeuses qui ne sont finalement nécessaires que pour gaver leurs ego boursouflés et/ou nourrir leurs errances mystiques. Il est vrai qu’on se voit toujours plus grand au milieu des cadavres et des ruines.

Le même phénomène d’abandon profite aussi aux rats de l’extrême droite qui viennent répandre la peste dans chaque carré de terrain que nous concédons à la meute. Ici, une chaîne “d’informations” qui aurait dû être fermée si l’ARCOM n’avait pas autant de colonne vertébrale qu’Ed Sheeran (cliquez sur ce lien pour découvrir la queen qui m’a fortement inspiré cette vanne). Là, une tentative d’édito sans contradiction en plein service public de l’information. Et le tout dans un renversement actuel des valeurs qui consiste à faire passer le refus de la haine pour le danger et la haine pour un droit.

Nous vivons un décalage quotidien, un lent oubli du passé climatique, politique, social et économique qui déboule à vitesse grand V. Nous cédons à l’abîme les saisons de nos années passées, les lignes politiques rouges hier indispensables, les principes comme les méthodes. Le tout sans scandale ou colère suffisante au vu des exigences et des dangers. Comme si notre société s’accommodait de cette affligeante sensation de concéder à faire revêtir à l’exceptionnel les habits de la banalité.

Aux explosions qui semblent sans fin répond toutefois un espoir dans ce sentiment d’urgence qui repart petit à petit dans des territoires et des corps auxquels on ne songeait pas forcément. Ainsi, je me sens bien entouré par des gens portant à la fois sur eux une fatigue d’été accumulée qui n’aura jamais été vraiment expédiée et une motivation politique diffuse qui se répand sûrement et plus rapidement qu’espérée.

Cette solidarité naissante n’est pas nouvelle à gauche, mais la faire germer une fois de plus nous sera vitale dans les échéances électorales à venir. Les jours s’accélèrent, mais le temps de la campagne est encore long avant son dénouement. C’est pourquoi, dans ce chaud et ce froid constant et instable, je préfère retenir avant tout qu’il y a toujours du bon, que le doute est le plus mauvais des investissements et que le pire se combat toujours et parfois se défait.

Ainsi en est-il aussi de l’actualité politique internationale, qui, d’un côté, nous tabasse avec des victoires régionales “un brun flippantes” (Une de Libé) de l’extrême droite allemande la plus brutale et la continuité de sa domination au Japon notamment plus récemment à Okinawa et qui, de l’autre, nous remonte avec la même Allemagne dans sa capitale, le démantèlement partiel de l’ère Orbán en Hongrie, le recul des fachos suédois dans les urnes et les espoirs du Parti démocrate et de la gauche américaine pour les élections à venir.

On le savait, l’élection présidentielle allait secouer. Tout peut aller très vite alors pour faire court, comme on dirait dans ma chère Bretagne : soyons là pour faire du reuz.

Prenez soin de vous et des autres.

À la prochaine.

Nemo

A Gauche(s) Toutes !

Par Nemo

Breton, 4X ans, political junkie de gauche depuis ses 1X ans, colocataire de Gaspard le chat qui me sert de photo de profil.